(image archives Dauphiné Libéré)

 

C’est un article de l’Usine Digitale au titre provocateur,  » Le numérique sonne-t-il vraiment la fin du salariat » qui fait réagir.

Un constat : actuellement, la substitution du travail salarié par le numérique se fait avec une accélération croissante. Et dans nos entreprises de conseil numérique, nous répondons chaque jour à des demandes pour développer l’activité de nos clients, toujours à iso-ressources et ce, quelle que soit la taille de l’entreprise. Mais sommes-nous vraiment condamnés par l’économie numérique et quelles possibilités avons-nous pour réagir ?

Moins de salariés, mais plus d’accueil ?

L’article cite le PDG d’Aéroports de Paris qui pense qu’il faudra nécessairement « plus d’hommes pour accueillir, être dans l’empathie« . C’est une belle idée qui puise sa foi dans un transfert du travail traditionnel vers l’économie sociale et solidaire, le service aux personnes ou le développement du tourisme. Sur ce dernier point, s’il est probable qu’AirBnB contribue à développer ce dernier secteur, je ne suis pas certain qu’il fasse croître la quantité de travail nécessaire pour « accueillir ». Quand on remplace le réceptionniste de l’hôtel par le propriétaire de la chambre louée, on détruit de la valeur et l’accueil redevient, certes, une qualité toute personnelle, mais pas un élément de l’économie de marché.

Se pose donc une première question : qui est prêt à financer l’empathie et l’accueil dont parle Mr Augustin de Romanet ?

Pas le travail : le code du travail

Nicolas Colin, co-fondateur de The family insiste quand à lui sur un point clé : si on conserve du travail, c’est bien un travail à la pièce que fabriquent au quotidien les grandes plates-formes d’intermédiation, avec sa conséquence en termes de protection sociale.

Stéphane Richard, le PDG d’Orange parle de réformer le salariat, bien malmené, et pointe les « rigidités du code du travail« , bien connues pour miser sur l’essor de l’entreprenariat. Mais si l’entrepreneuriat doit se développer, comment conserver un équilibre des pouvoirs entre grands donneurs d’ordres et micro-structures ?

Si le salariat est effectivement malmené et s’il ne correspond plus aux mécanismes de l’économie numérique, on constate cependant plus d’efforts faits pour déshabiller le salarié que pour habiller l’entrepreneur.

Les PME, leviers de l’économie et de l’emploi

On gagnerait donc à se poser dès aujourd’hui les bonnes questions sur le rôle des PME, des TPE, voire des micro-entrepreneurs, à reconnaître leur place fondamentale dans l’économie et dans la création de valeur et à réfléchir aux moyens de leur croissance pour anticiper la mort annoncée du salariat tel qu’il nous est présenté aujourd’hui.

Les exemples de réussite en ce sens ne manquent pas et on n’en citera qu’un : la Vallée de l’Arve en Haute-Savoie, tissu extrêmement dense de 600 TPE et PME liées entre elles a régné pendant deux siècles sur le secteur du décolletage au niveau mondial. Malgré une forte crise structurelle en 2000, la vallée, à force d’inventivité, de mutualisation des ressources et des compétences a su se redresser et retrouver le chemin de la croissance. « Le pôle est l’un des rares en France à ne pas avoir été conçu autour de grands groupes, mais en ayant pris le risque de s’adresser à des PME réputées individualistes. Aujourd’hui, le pari est tenu : 300 entreprises sont impliquées » indique Roland Pascal, délégué général de la Fondation Haute-Savoie Avenir. Le chiffre d’affaires de la filière représente aujourd’hui 2,1 milliards d’euros.

Internet et le monde du digital sont physiquement et logiquement composés de noeuds tous reliés les uns aux autres. Nos entreprises et les hommes et les femmes qui les composent doivent à leur tour, plus que jamais s’organiser en clusters, tisser des liens forts, partager des ressources et mettre en commun leur intelligence. L’outil numérique le permet, les hommes doivent se l’approprier.

Le cadre réglementaire doit certainement s’adapter, mais ce qu’il reprendra aux salariés, il devra le rendre aux petites entreprises et aux entrepreneurs.